L’expérience d’un enseignant impliqué dans le projet de développement international DÉCLIC au Mali

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L’expérience d’un enseignant impliqué dans le projet de développement international DÉCLIC au Mali,
par Catherine Ricard, conseillère pédagogique

Sylvain Marchand, enseignant en analyses biomédicales au Cégep de Saint-Jérôme, s’est impliqué dans le projet Déclic en 2015. Il a appuyé les enseignants de l’Institut national de formation en sciences de la santé (INFSS) au Mali dans la révision de leurs programmes d’études ainsi que dans l’aménagement de laboratoires pédagogiques. Il a également permis l’envoi du matériel de laboratoire usager des anciens locaux du Cégep au bénéfice de l’INFSS. Catherine Ricard, conseillère pédagogique, l’a rencontrée pour recueillir ses impressions sur son expérience de développement international au Mali.

Catherine :
Pourquoi as-tu accepté de te lancer dans l’aventure Déclic?

Sylvain :
« J’ai toujours été curieux de connaître des univers culturels vraiment différents du mien. Je ne parle pas de différences culturelles entre des pays occidentaux, mais celles beaucoup plus importantes, entre nous et des régions comme l’Afrique de l’Ouest.

Je n’étais pas à la recherche active de ce type d’opportunité, mais puisqu’elle m’était offerte, je me suis dit pourquoi pas!  De plus, ma collègue enseignante, Émilie Riopel, intéressée elle aussi par ce projet, souhaitait faire équipe avec un ou une collègue.  Il faut dire que j’aime bien relever d’autres défis que ceux reliés directement à mon rôle d’enseignant. Je suis passionné par l’enseignement, mais je le suis également par mon secteur : la microbiologie. Le fait de pouvoir m’impliquer dans différents projets qui sont liés à mon domaine d’expertise est très stimulant pour moi.

J’étais aussi très curieux de savoir comment je pouvais contribuer à ce projet et être utile dans un environnement aussi différent que celui du Mali. Je dois dire qu’après 4 ans d’implication, j’ai vraiment l’impression que tout le travail réalisé avec mes collègues maliens a porté fruit. C’est très satisfaisant. »

Catherine :
Qu’est-ce que ton implication dans Déclic a changé pour toi?

Sylvain :
« Côtoyer des enseignants et des professionnels maliens m’a vraiment permis de mettre les choses en perspective. Lorsque l’on évolue uniquement dans notre environnement, on a parfois tendance à se concentrer sur ce qui nous semble défaillant et qui nous apparait comme des problèmes. Les conditions ne sont jamais optimales, il y a toujours des insatisfactions sur lesquelles mettre le doigt. Quand j’ai pris conscience de la réalité avec laquelle doivent composer mes collègues maliens, mes perceptions ont vraiment changées.

Par exemple, au début de mon implication, avant de me rendre à Bamako, le Cégep a reçu au Québec une délégation malienne et je leur ai fait visiter nos anciens laboratoires. Cette visite s’est déroulée avant que le nouveau pavillon (K) et les laboratoires actuels ne soient inaugurés. Je dois avouer que je n’étais pas très fier de leur montrer nos anciens laboratoires qui m’apparaissaient désuets. Pourtant, ils étaient vraiment impressionnés, pour eux ces installations étaient EXTRAORDINAIRES!

Une fois à Bamako, j’ai tout compris. Même si je m’y étais préparé, j’ai tout de même été surpris par l’ampleur de leurs besoins et par le chemin qu’ils devaient parcourir pour obtenir des programmes et des installations qui, pour nous, sont minimales.

Bref, cette expérience m’a à la fois rendu fier de notre travail, ici au Cégep de Saint-Jérôme, et elle m’a également permis d’apprécier davantage nos acquis. »

Catherine :
On dit souvent des expériences de coopération internationale qu’elles sont d’abord de grandes expériences humaines, qu’en est-il pour toi ?

Sylvain :
« J’ai rencontré des gens très sympathiques qui sont devenus des amis. Je pense souvent à eux, parfois avec nostalgie.

Sincèrement, je ne m’attendais pas à m’attacher autant! Pour moi, ce sont des gens très courageux et motivés. Ils restent au Mali malgré une situation politique, économique et sociale difficile et tentent de faire progresser les choses. J’ai aussi beaucoup de respect pour les personnes qui ont mis sur pied ce projet. C’est à travers des initiatives comme Déclic que les choses tendent à s’améliorer.

Ce projet m’a fait me sentir utile. J’aimerais rappeler l’importance d’avoir accès à des analyses biomédicales de qualité pour prodiguer des soins de santé efficaces. Il est primordial d’améliorer la situation malienne à ce sujet. Permettre à mes homologues maliens d’accroître leur expertise disciplinaire et pédagogique et d’organiser leurs laboratoires pédagogiques est d’une très grande pertinence à mes yeux. »

Catherine :
Quelles sont les difficultés rencontrées lors de ton implication?

Sylvain :
« Tout d’abord, j’ai réalisé à quel point il était important, mais aussi difficile, de composer avec le manque de ressource. Il fallait souvent que je me casse la tête pour trouver des solutions réalistes et adaptées à la réalité malienne. Mais je dois dire que c’était un véritable travail d’équipe avec les enseignants maliens. Maintenant, je m’aperçois que j’ai développé certains réflexes d’économie de ressources en travaillant avec mes collègues du Mali.

On doit également s’adapter à un autre rythme de travail. Par exemple, pour la plupart d’entre eux, il est important de pouvoir s’arrêter pour la prière ou pour prendre le thé. Ça m’a rappelé que tout ne doit pas être orienté vers la productivité et le travail et c’est, je crois, une très bonne chose!

Finalement, la situation sociopolitique et le conflit actuellement en cours au Mali peuvent être insécurisant toutefois, une fois là-bas, on se sent bien entouré par le personnel du projet à Bamako. Bien que j’aie toujours dû faire preuve de prudence, cela n’a jamais affecté ma motivation. »

Catherine :
Et si on te proposait une nouvelle expérience de coopération internationale?

Sylvain :
« Ce serait oui, sans hésitation! Après mes années Déclic, je me rends compte que je serais passé à côté d’une expérience extraordinaire si je n’avais pas levé la main en 2015!

Ma cousine demeure à Bamako depuis 25 ans et je m’étais toujours demandé pourquoi elle avait fait ce choix. Maintenant, je ne pose plus du tout cette question. J’ai compris! »

Merci Sylvain, pour ton implication et pour ce témoignage. Ce fut un charme de travailler avec toi!

 

Le projet Déclic, d’une durée de 9 ans, s’est terminé en janvier 2019. Il avait pour objectif de contribuer à rendre disponibles, en quantité et en qualité, les ressources humaines de première ligne en santé au Mali. Il a été réalisé en partenariat avec le Centre de coopération internationale en santé et développement (CCISD) et l’Université de Sherbrooke (UdeS) et était financé par Affaires mondiales Canada (AMC).

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter la section Développement international de la FCSEI et le site internet du Projet Déclic.